Travaux en cours

Le Centre d’étude des radicalisations et de leurs traitements (CERT) est partenaire, en tant qu'institut ou via l'un ou l'autre de ses membres, de plusieurs programmes de recherche, nationaux, européens, internationaux.

Recherches en cours

Réseau de recherche sur le Racisme et l’Antisémitisme (RRA)

Axe 6 : « Nouvelles radicalités : pratiques et discours », dir. Yana Grinshpun, Thierry Lamote

Comité de direction du RRA:

Céline Masson, directrice; Isabelle de Mecquenem, directrice-adjointe; Martine Benoit, directrice-adjointe.

Dispositif

Dispositif contractuel de collaboration qui regroupe des unités de recherche rattachées à différents partenaires institutionnels (Universités, CNRS, Associations, institutions publiques ou privées). Cette structure fédérative, par le décloisonnement disciplinaire et le développement de la pluridisciplinarité, contribuera  à l’émergence de nouveaux projets de recherche.

Les dernières décennies ont été marquées par de nombreux passages à l’acte sur le territoire national. Les attaques terroristes visant un grand nombre de personnes, ainsi que les attaques des individus appelés par les médias « loup solitaires » ou « déséquilibrés » sont clairement les fruits des pratiques socio-discursives historiquement définies. Les idéologies meurtrières, susceptibles de conditionner des personnes ou des groupes de personnes, exacerber les sentiments de rejet de l’autre, préconiser l’exclusion, voire l’extermination de cet Autre sur la base de son appartenance ethnique, religieuse et culturelle seront l’objet d’étude des chercheurs participant à cet axe

Le concept de « radicalisation » nécessite une définition claire et opérante pour pouvoir l’appliquer aux réalités qui nous entourent. Il n’est pas le même dans les types de discours différents : les journalistes, les pénalistes et les médecins spécialistes divergent dans son application, les critères propres à ces disciplines pourront être élaborés par les chercheurs de cet axe. Au niveau du discours, ces critères permettront de comprendre à quel niveau de « radicalisation » l’application des mesures thérapeuthiques et juridiques peuvent être nécessaires.

Comme la plupart des actes meurtriers en France ont visé ces dernières années les Juifs, il sera important de proposer une cartographie claire et argumentée des discours très variés qu’on trouve tant sous la plume des idéologues intellectuels qui contribuent largement à la fabrication de la radicalisation que sur le net, émanant des nombreuses sources : médias officiels, médias alternatifs, réseaux sociaux (tweeter, facebook, you tube, forums de discussions…). Selon P.A. Taguieff, la haine antijuive, qu’il appelle « judéophobie » est une haine idéologiquement organisée des Juifs qui s’appuie sur le stock des stéréotypes disponibles et qui considère les Juifs comme une menace. La judéophobie prend ainsi la forme d’une vision du monde antijuive, elle fonctionne comme un mythe qui peut s’accompagner d’actions violentes. Notre recherche devra tenir compte de l’interaction et l’interpénétration de nouvelles et d’anciennes formes de la haine des Juifs dans les sociétés contemporaines tant en Europe qu’au Proche Orient. Les vieux mythes antijuifs venant de la culture chrétienne, les stigmatisations politiques, sociales et psychiques des Juifs européens des siècles passés sont recyclés par la propagande islamiste et celle issue de l’extrême gauche. Par exemple, l’idéologie des Frères Musulmans exploitent abondamment l’idée, galvaudée par l’extrême droite européenne, des Juifs conspirateurs et menteurs en les identifiant comme les plus anciens ennemis de l’Islam, meurtriers des prophètes et pervertisseurs des « vrais » textes sacrés. On retrouve ici la reconfiguration de vieilles mythologies : les plus anciens ennemis du Christ, le peuple déicide, le peuple sanguinaire thèmes qui s’inscrivent la tradition coranique et celle des hadiths où les Juifs sont présentés comme les ennemis du Prophète et des musulmans. Ce phénomène devra également être étudié dans son historicité (ensemble avec d’autres chercheurs de l’axe 1) émergeant aux confins des années soixante-dix, où les idéologies marxistes, trotskistes et communistes se rencontrent avec celles forgées par les idéologues nationalistes arabes, judéophobes convaincus, et convergent avec ces dernières dans la construction d’une figure répulsive du Juif. La convergence de ces mouvements idéologiques est susceptible d’expliquer la provenance et les actions des acteurs radicalisés.

            Les chercheurs qui font partie de l’axe sont susceptibles de mener une double action : la recherche académique qui comprendrait la production des travaux sur le fonctionnement des idéologies et le processus de radicalisation à l’œuvre. On se demandera s’il existe des invariantes psychologiques qui structurent des comportements des « radicalisés », quelle que soit la configuration idéologique dans laquelle ils se trouvent. On s’essayera autant que faire se peut de mener une recherche approfondie sur les formes de radicalisation qui peuvent mener à des actions meurtrières. C’est dans l’interaction étroite entre l’analyse discursive et l’analyse des processus socio-psychologiques que des réponses pourraient être élaborées.

AnthroPsy-MobWitch

A transdisciplinary (anthropology/psychoanalysis/psychology) and comparative (witchcraft/mobbing-harassment) research

Durée :
12 mois.

Coordinateurs du projet :
Pr Erwann Dianteill (CANTHEL, Université de Paris)

Chercheurs impliqués :

– Erwan Dianteill, principal investigator, is a professor of anthropology at Paris Descartes University and researcher at the CANTHEL. 

– Thierry Lamote is an Associate Professor in Psychoanalytical Studies at Paris Diderot University. 

– Thamy Ayouch, head of this project at the CRPMS, is a Professor of Psychoanalytical Studies at Paris Diderot University. 

– Serena Bindi is associate professor of anthropology at Paris Descartes University. 

– Laurie Laufer is a Professor at the section of Psychoanalytical Studies of the Department IHSS at the Université de Paris. 

A comparative anthropological study of witchcraft and harassment has never been attempted even though both are comparable forms of insidious violence. Our project aims to show how insidious violence works as a system with real agents in contemporary capitalist societies (France, French Guyana, Benin, Brazil, Burkina Faso, and India, according to the expertise of the involved researchers). The reason for this blind spot in the literature can be traced back to a historical separation between cultural anthropology on the one hand, which has focused on extra-European societies, and the social sciences in Western Europe and Northern America on the other.

We aim to combine the contributions of cultural anthropology and psychoanalysis to understand witchcraft and workplace harassment (an entity that includes top-bottom supervisor harassment and mobbing).

We will indeed show that witchcraft and harassment operate according to very similar subjective motivations and social interactions. Witchcraft and harassment are organized around the same distribution of functions: the culprit (witch / harasser), the experts (counter-witch / psychological or legal experts), and the victims. Basically, there are proven attempts of bewitchment and harassment, and situations of mere suspicions of bewitchment or harassment. From this general configuration, it is therefore possible to compare witchcraft and harassment from two angles:

– On the one hand, in the case of active/evident attempts, they form two systems of aggression, one (moral harassment) functioning as a secularized reflection of the other (witchcraft);
– On the other hand, in cases of mere suspicion, harassment and witchcraft are two explanatory matrices which operate according to the same logic: both make it possible to interpret enigmatic events (« why don’t I have a promotion? ») through a coherent discourse, a global system providing meaning (« If I don’t have a promotion, it’s because one or more individuals want to harm me and prevent me from being promoted »).

This distinction between “real evil action” and “interpretation of bad signs” is only an analytical starting point: we will study their relation in concrete cases.

ReMous

Religions monothéistes et mouvements sociaux d’émancipation : continuités et transformations dans la constitution des sujets critiques.

Date de début du projet scientifique :
Avril 2018.

Durée :
42 mois.

Organisme financeur :
ANR 402. Référence du projet : ANR-17-CE41-0006

Consortium, trois partenaires porteront ce projet :

  • le LIER/IMM (Laboratoire interdisciplinaire d’études sur la réflexivité (LIER), hébergé à l’Institut Marcel Mauss (IMM)) à l’EHESS,
  • le CRPMS (Centre de recherche psychanalyse, médecine et société) à l’Université Paris-Diderot (Paris 7)
  • le CRH (Centre de recherches historiques) à l’EHESS.

Le premier représente la philosophie et la sociologie, le deuxième la psychanalyse, le troisième l’histoire. Au sein du projet, ces quatre disciplines travailleront ensemble dans trois équipes ; par cette approche transversale nous visons à produire d’importants effets de synergie.

En fonction des trois champs de recherches nommés il y aura trois équipes de chercheurs titulaires . I/ La première, sous la direction de Bruno KARSENTI (LIER/IMM) et de Fethi BENSLAMA (CRPMS), rassemblera Danny TROM (LIER/IMM), Gildas SALMON (LIER/IMM), Julia CHRIST (Curapp_LIER/IMM), Isabelle KALINOWSKI (Transferts culturels), et Pierre-Henri CASTEL (LIER/IMM). II/ La deuxième sous la direction de Frédéric BRAHAMI (CRH) rassemblera Maurizio GRIBAUDI (CRH), Sabina LORIGA (CRH), Samuel HAYAT (CERAPS/Univ. Lille), Jean-Philippe HEURTIN (IEP Strasbourg_LIER/IMM), Florence HULAK (Labtop_LIER/IMM), Pierre CHARBONNIER (LIER/IMM) et Yannick BARTHE (LIER/IMM). III/ La troisième sous la direction d’Irène THERY (Centre Norbert Elias) rassemblera Julie MAZALEIGUE (Institut des Sciences Juridique et Philosophique de la Sorbonne), Nadia SETTI (Paris 8-Legs), Laurie LAUFER (CRPMS), Edouard GARDELLA (Centre Max Weber_LIER/IMM), Thierry LAMOTE (CRPMS) et Stefania FERRANDO (IEP Strasbourg_LIER) et Geneviève FRAISSE.
Coordinateur du Projet : Bruno Karsenti (Institut Marcel MAUSS).

Penser l’émancipation moderne implique souvent de nier l’apport de la religion. Elle y entre soit comme objet de la critique, soit comme critique conservatrice. Par notre projet on se propose de contredire cette conception du lien entre religion et émancipation. Notre thèse est la suivante : les religions monothéistes, grâce à leur logique interne articulée autour du concept de justice, non seulement ont contribué mais peuvent contribuer encore aujourd’hui à mettre en forme des revendications subjectives qui sont directement en prise avec le projet critique de la modernité. Cette thèse implique que nous considérons la religion comme partie prenante de la modernité, et non comme son opposé.

Nous partons du principe suivant : si la religion apporte spécifiquement quelque chose à l’émancipation de nos sociétés modernes, c’est chez les individus, leurs prises de position réflexives et leurs activités critiques que l’apport de la religion au projet collectif d’émancipation des sociétés modernes doit être recherché. Car les sociétés modernes se caractérisent par ceci que l’idée d’émancipation y est inextricablement liée à l’activité critique des acteurs sociaux eux-mêmes. En elles, critique et émancipation sont liées au retour réflexif opéré par des individus socialement constitués sur la société, sa normativité propre et ses promesses de justice. Par conséquent, une recherche qui porte sur le lien entre religion et émancipation dans la modernité se doit de loger leur nouage précisément dans la subjectivité critique : dans ce que la religion fait faire aux sujets ou leur permet de faire.

Tel est en effet notre approche du lien entre religion et émancipation qui se trouve au fondement de la thèse centrale de notre projet : creuser le rapport entre religion et émancipation dans la modernité signifie comprendre la religion comme une forme de réflexivité qui permet aux sujets de critiquer le projet moderne dans ce qu’il a d’inabouti. Par conséquent nous étudierons la religion exclusivement sous l’angle de son apport à la constitution des subjectivités critiques. Et nous soutenons qu’elle est un facteur important dans cette constitution, y compris dans la modernité.

Pour développer cette thèse, on s’appuie sur l’anthropologie politique de Freud pour qui la religion est le modèle d’une pratique collective protégeant la critique individuelle contre la folie. Freud démontre en effet que l’individualisation du sujet dans son rapport à la loi commune – donc le mouvement d’émancipation des sociétés modernes –, produit une constellation nouvelle : désormais le conflit du sujet désirant avec la loi instituante (la société), s’exprime sous forme de névrose, voire de folie, là où auparavant le collectif (oscillant entre respect du tabou et transgression du tabou) assumait ce conflit. De ce fait, les sociétés modernes ouvrent une double possibilité : premièrement celle précisément de la névrose, voire de folie. Mais, deuxièmement, outre la névrose c’est un processus de civilisation qui est rendu ainsi possible, justement par l’autoconstitution réflexive des sociétés à travers le retour des individus sur la normativité qui les fait penser et agir. En donnant aux individus un langage d’idéaux collectifs – notamment de justice – issus de pratiques communes et consignés dans des textes, la religion leur permet de s’opposer à la loi instituée en s’appuyant sur ces idéaux. De cette sorte, la religion étaye le mouvement critique des individus en mettant à leur disposition un langage de justice partagé bien que sa portée normative transcende la justice réalisée dans les sociétés concrètes.

On examinera ce rôle du langage religieux pour la critique à travers : 1/ le mouvement ouvrier et son rapport pratique ambigu à la religion. 2/ le mouvement féministe, qui met radicalement à l’épreuve notre hypothèse de recherche postulant un lien fort entre les monothéismes et la recherche d’appuis pratiques et symboliques des politiques d’émancipation.

 

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